La langue connue de nos jours sous le sigle BCMS avait comme appellation, depuis le 19ème siècle – donc avant la création de la Yougoslavie et durant l’existence de celle-ci – serbo-croate (dénomination utilisée aussi bien par les linguistes yougoslaves qu’étrangers). Dans chacun des États serbocroatophones issus de la Yougoslavie (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Monténégro, Serbie) cette langue a aujourd’hui pour appellation officielle bosniaque, croate, monténégrin ou serbe. Le fait de donner des noms différents à une langue proclamée jusqu’alors unique ne suffit pas toutefois à créer quatre langues différentes. En effet, le changement d’appellation, essentiellement politique, n’a nullement remis en cause l’unité du serbo-croate comme système linguistique : tout en prenant en compte les variantes régionales qui ont toujours existé, les travaux universitaires de référence confirment une (presque) absolue identité phonologique, morphologique et syntaxique. Cette identité permet ainsi une intercompréhension quasi totale entre locuteurs des différentes « nouvelles langues », qui dépasse largement celle entre les Français et les Canadiens francophones ou entre les Espagnols et les hispanophones d’Amérique latine. Nous sommes donc en présence pour le BCMS d’un système linguistique unique mais polystandardisé (standards bosniaque, croate, monténégrin et serbe).